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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

14 Jan

Quatre questions pour comprendre l'intervention française au Mali.

Publié par jack

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Depuis vendredi, l'armée française mène une offensive au Mali pour stopper l'avancée des groupes islamistes dans l'Ouest du pays. En jeu, la stabilité de la région et la protection des citoyens français dans le pays. Décryptage.

Pourquoi la France intervient-elle au Mali ?

La situation s'est accélérée ces derniers jours au Mali. L'offensive des groupes islamistes, débutée en milieu de semaine dernière, vers le sud du pays a précipité la décision de François Hollande d'intervenir. Jusqu'ici la France n'avait prévu de n'apporter qu'un soutien logistique à l'armée malienne. D'ailleurs François Hollande militait, depuis le mois de septembre, à l'Onu, pour une intervention conduite par une coalition africaine

Pour justifier l'intervention, Jean-Yves le Drian, ministre de la Défense, a fixé trois objectifs : stopper l'offensive des groupes radicaux, empêcher l'effondrement des institutions du Mali et protéger les ressortissants français et européens sur place.

(Infographie : Ouest-France)

Héritage de son passé colonial dans la région, la France compte de nombreux ressortissants dans la région (plusieurs milliers) ainsi que des intérêts économiques stratégiques. Au premier plan desquels l'uranium du Niger voisin, exploité par Areva, qui alimente plus d'un tiers des centrales nucléaires d'EDF.

D'autre part, la France redoute que le Sahel ne se transforme en sanctuaire pour Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) qui s'en servirait pour planifier des attentats en France ou contre ses intérêts économiques en Afrique. Aqmi a explicitement visé la France comme sa cible prioritaire.

Enfin, comme le précise Pascal Boniface au Nouvel Observateur, la France entre aussi en scène au Mali parce que " l’opération est faisable et à la hauteur de ses moyens."

Comment la situation en est-elle arrivée là ?

Il y a encore quelques années, le Mali était considéré par la diplomatie française comme l'une des plus belles vitrines de la démocratie en Afrique de l'Ouest. Il n'aura fallu que quelques mois pour tout faire basculer.

Au début de l'année 2012, le régime du président Amadou Toumani Touré ne résiste pas à un triple choc. Le retour de milliers de mercenaires maliens, fidèles au colonel Kadhafi, qui son rentrés au Mali après la chute du leader libyen. La montée en puissance du terrorisme islamiste dans le Sahel. Et, enfin, l'activisme de la rébellion touareg, qui menace l'unité du pays, en luttant pour l'indépendance du nord du Mali.

Prenant comme prétexte le manque de réaction du gouvernement, face à cette triple menace, un putch militaire mené par le capitaine Sanogo renverse le président ATT et prend le pouvoir. Putch qui va finir d'accélérer la partition du pays. Les mouvements islamistes (Aqmi, Ansar Dine et Mujao principalement) vont s'allier aux rebelles Touaregs et prendre le contrôle du nord du Mali.

Fin juin, les trois principaux mouvements islamistes, Aqmi, Ansar Dine et le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest vont se retourner contre les Touaregs pour prendre le contrôle total du Nord du Mali. Région qu'ils vont se partager en trois. Avant de lancer une nouvelle offensive, la semaine dernière, vers Mopti, verrou sur la route de Bamako.

Qui sont les rebelles ?

Comme le souligne Bruno Ripoche, journaliste spécialiste des questions internationales à Ouest-France : "Le Nord du Mali (...) est "contrôlé" non pas par un mouvement djihadiste, mais par une kyrielle de groupes et de chefs de guerre qui ont instauré la charia dans leurs fiefs respectifs."

Il en existe trois principaux : Ansar Dine (Les Défenseurs de la religion), Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) et le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest).

> Ansar Dine. Dirigé par Iyad Ag Ghaly, ex-militaire et ex-figure des rébellions touareg des années 1990 au Mali, Ansar Dine est apparu au grand jour en 2012. Le groupe est renforcé par des combattants qui étaient membres actifs de la branche maghrébine d'Al-Qaïda. Son fief est Kidal et sa région.

> Aqmi. Issue de l'ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, Aqmi a fait allégeance à Al-Qaïda et dispose depuis 2007 de bases dans le Nord malien, d'où elle mène régulièrement des attaques et enlèvements d'Occidentaux dans plusieurs pays du Sahel. Aqmi est dirigée par des Algériens, dont Abdelhamid Abou Zeid, qui réside à Tombouctou, devenu fief de l'organisation.

> Mujao. Le Mujao, longtemps présenté comme une dissidence d'Aqmi, est devenu l'un des maîtres du nord du Mali. Il est apparu au grand jour en décembre 2011 et s'est illustré par des prises d'otages. Il a revendiqué des enlèvements au Mali, mais aussi en Algérie, où il a revendiqué des attentats contre des forces algériennes.
Fondé par le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou, alias Abou Ghoum-Ghoum, le Mujao s'est rendu maître de Gao en évinçant le MNLA fin juin à l'issue de violents combats.

La France est-elle seule à intervenir ?

L'intervention militaire française a été décidée, en fin de semaine dernière, à la demande de Dioncounda Traoré, président malien par intérim.

Le passé colonial de la France au Sahel, ainsi que sa "plus grande" facilité à mobiliser du matériel militaire dans la région, l'ont logiquement placée au premier plan. Reste que, si de nombreux pays ont déclaré soutenir l'opération, peu ont promis de mettre la main à la pâte.

Côté occidentaux, pour l'heure, seuls la Grande Bretagne, les Etats-Unis et l'Allemagne ont annoncé leur aide. La Grande-Bretagne met à disposition deux avions de transport, tandis que les Etats-Unis promettent l'envoi de drones dans le Sahel.

Enfin, l'Allemagne, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle a annoncé qu'elle "ne laissera pas seule la France dans cette situation difficile." Evoquant une aide sur le plan logistique ou humanitaire. Même si ses modalités restent floues, pour l'instant.

Côté Africain, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a validé l'envoi de troupes à Bamako. Dirigées par un général nigérian ces troupes devraient rejoindre le Mali dans quelques jours.

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