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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

09 Dec

"Nos Forces Spéciales sont un rempart contre le terrorisme".

Publié par jack

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  • INTERVIEW- Le général Christophe Gomart est à la tête du Commandement des opérations spéciales (COS) depuis 2011. Par définition, c'est un homme de l'ombre, qui parle peu, voire pas du tout. Exceptionnellement, il a accepté de répondre au Figaro Magazine.

    Le Figaro magazine - Le COS a 20 ans d'existence cette année. Quel bilan faites-vous de ces deux décennies?

    Général Christophe Gomart - En vingt ans, le contexte a beaucoup changé. Tant au niveau géopolitique qu'au niveau de notre structure militaire. Primo, le COS de 2012 dispose d'un commandement intégré et d'une organisation interarmées (terre, air, mer). Ce système a été vraiment initié en Afghanistan, lors de l'opération Arès (2003-2007).

    À cette occasion, nous avions mis en place un groupement de forces spéciales (GFS) puisant dans le vivier des forces spéciales de l'armée de terre, de l'armée de l'air et de la Marine. Son commandement était assuré par des chefs issus des trois armées. C'est ainsi que nous fonctionnons aujourd'hui. Deuxième évolution: le travail avec les forces spéciales d'autres pays sur les différents théâtres extérieurs où le COS est déployé.

    Je pense aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à tous les pays avec lesquels la France a passé des accords de coopération militaire. Nous nous enrichissons ainsi de nos méthodes et de nos différences. Troisième point: le COS a la chance de disposer de moyens qui lui sont dédiés (avions, hélicoptères, commandos). Au gré des besoins, il les utilise pour remplir sa mission. Les 3000 membres des forces spéciales se connaissent, s'entraînent ensemble, répétant jour après jour ce vers quoi nous tendons: le geste parfait.

    Quand le chef d'état-major des armées nous assigne un objectif, nous devons être en mesure de l'atteindre vite, fort et bien. Enfin, pour encore améliorer ce dispositif, nous avons mis l'accent sur le renseignement. Sans renseignement, pas d'opérations spéciales. C'est pourquoi le 13e régiment de dragons parachutistes (RDP), spécialisé dans la recherche du renseignement dans tous les milieux, nous a rejoints il y a dix ans.

    Vous avez évoqué l'Afghanistan, où le COS fut engagé. Quel y a été son rôle et quel enseignement en retirez-vous?

    L'Afghanistan nous a énormément apporté. Sur les deux points évoqués plus haut (le fonctionnement interarmées et la coopération avec les forces spéciales étrangères), nous avons fait des progrès considérables, passant de la théorie à la pratique. Renseignement, action directe, formation et assistance: nous y avons pratiqué toute la gamme de nos savoir-faire sur un terrain notoirement difficile. Nous en avons retiré un aguerrissement certain et une solide expérience dans le domaine du combat de contre-insurrection.

    Les forces spéciales sont particulièrement adaptées à ce type de combat car elles sont capables d'associer souplesse, discrétion et réactivité à l'utilisation de technologies de pointe (drones pour l'imagerie, matériels d'interception électromagnétique). Ces savoir-faire ont permis de contrecarrer efficacement le combat asymétrique que cherchaient à nous imposer les insurgés afghans.

    Depuis deux ans, l'Afghanistan n'est plus le seul souci de l'Occident. Je pense aux retombées indirectes du printemps arabe dans l'arc Maghreb-Machrek (de la Tunisie et la Libye jusqu'à la Syrie). Comment les forces spéciales s'y préparent-elles?

    L'une des grandes leçons tirées de l'Afghanistan est la fin des engagements dans la durée de troupes conventionnelles occidentales dans les prochains conflits. Les pays occidentaux agiront en coalition, en soutien des forces locales, et non pas indépendamment. Or, c'est là l'emploi «historique» des forces spéciales: fournir du renseignement, de l'assistance militaire, voire de l'action directe, tout en maintenant une faible empreinte au sol.

    En tant que commandant des opérations spéciales, je veille donc à ce que nos forces développent de solides aptitudes à travailler dans des coalitions de circonstance ; c'est pourquoi nous entretenons de multiples partenariats de coopération bilatérale avec nos homologues étrangers. Il est important que nos opérateurs s'imprègnent des caractéristiques physiques des théâtres potentiels de crise. Ces coopérations en terres étrangères participent à cette acculturation.

    De façon plus globale, comment le COS s'insère-t-il dans le dispositif antiterroriste?

    Nos homologues américains, constatant les progrès qu'ils ont réalisés dans la lutte contre le terrorisme depuis dix ans, disent que le 11 Septembre a été un catalyseur leur ayant permis de mettre en place de solides processus de gestion interministérielle. Ils ont réussi à établir une synergie dans l'échange des informations et une synchronisation des actions. Ce que je constate actuellement, c'est une coopération accrue entre le COS et les forces spéciales étrangères dans des actions visant à combattre les réseaux terroristes dans la profondeur, là où ils sont vulnérables ; je pense notamment aux zones refuges ou aux lignes de communication.

    En matière d'action, le COS offre donc à la lutte interministérielle tournée vers la «ligne de front» (c'est-à-dire le territoire national ou les intérêts directement stratégiques) la capacité de lutter en dehors du territoire national, permettant ainsi de maintenir au loin les menaces qui pourraient frapper notre pays. L'effort des années à venir sera d'unifier ces deux stratégies complémentaires. Cela passe, entre autres, par un meilleur partage du renseignement à fin d'action entre les agences des différents ministères.

    En fait, vous souhaitez une mutualisation du renseignement...

    Nous avons besoin d'un renseignement précis et actualisé pour anticiper, planifier et conduire nos opérations. Aujourd'hui, le COS bénéficie de renseignements fournis par la Direction du renseignement militaire (qui est d'ailleurs aussi alimentée par le COS). Il paraît nécessaire, pour augmenter notre efficacité, de favoriser une plus grande mise en commun de renseignements d'origine militaire - DRM et DGSE, voire DPSD - ou civile - DCRI, DNRED, Tracfin. La diversité d'origine de ces renseignements permet en effet d'apporter un éclairage complet sur un même objectif, de reconstruire le «puzzle», de le compléter en réorientant la recherche si besoin. Dans le cadre par exemple d'une opération de capture d'un criminel de guerre en Bosnie (ce que nous avons fait au début des années 2000), cela permet de reconstituer ce que nous appelons son pattern of life, c'est-à-dire sa façon de vivre, afin d'agir au moment où il s'y attendra le moins.

    Autre exemple: en Afghanistan, les opérations menées conjointement entre les forces spéciales de la coalition et la police afghane sont rendues possibles grâce à l'ensemble des renseignements de diverses provenances collectés auprès de la cellule de fusion du renseignement de l'Isaf (force internationale d'assistance à la sécurité). Sur le socle de ces renseignements, ces opérations de police ont permis l'arrestation de nombreux responsables de réseaux insurgés afin qu'ils soient jugés et leurs réseaux démantelés.

 

Source: www.Le Figaro.fr

 

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