Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

15 Jan

La France a-t-elle les moyen de ses objectifs ?

Publié par jack

5070309.jpg

Les mouvements rebelles du nord du Mali n'ont pas dit leur dernier mot. En prenant, sous le commandement du chef d'une des brigades d'Aqmi, Abou Zeid, la ville de Diabali, sur la route ouest menant à Bamako, ils ont montré une certaine capacité de résistance. La France, seule sur le front pour le moment, a assuré par la voix de son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qu'elle s'était préparée à affronter des groupes déterminés et bien armés. Le triple objectif français est ambitieux : "arrêter l'offensive des groupes terroristes", "préserver l'existence de l'Etat malien et de lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale et sa totale souveraineté" et "préparer le déploiement de la force d'intervention africaine autorisé le 20 décembre dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU".

Répondant à l'appel à l'aide du président malien, François Hollande s'est engagé à arrêter les colonnes de combattants pour éviter que Bamako ne soit conquis. Pour le reste, l'incertitude demeure. La France va-t-elle participer militairement à une reconquête du territoire par les Maliens ? Les soutiens techniques recherchés, tant de la part de la communauté internationale que du côté des forces africaines, seront-ils suffisants et arriveront-ils rapidement ? Comment réussir à stabiliser le pays, si les missions militaires aboutissent ? L'Afghanistan, la Somalie… autant de théâtres d'opérations qui ont largement laissé la communauté internationale dans l'impasse. "On sait comment la guerre commence jamais comment on la finit", décrit François Heizbourg, conseiller spécial à la fondation pour la recherche stratégique, interrogé par "Le Nouvel Observateur". En passant à la vitesse supérieure, la France met de nouveau au défi son armée sur un terrain nouveau, tant géographiquement que politiquement. Passage en revue.

Réussite relative de l'objectif n°1

Le premier objectif est d'"arrêter l'offensive des groupes terroristes". "Nous leur avons déjà porté un coup d'arrêt à l'est, nous portons maintenant notre effort à l'ouest du Mali", s'est félicité le Premier ministre. Entraînée en fonction des objectifs qu'elle prépare, l'armée française, si elle était prévenue de l'éventualité d'une intervention, doit s'adapter, à peine sortie d'Afghanistan, à un terrain nouveau, à une nouvelle configuration qu'elle a eu peu de temps pour appréhender. Pour François Heizbourg, le coup d'arrêt est une réussite : "En dehors des Britanniques et des Israéliens, je ne vois pas quelle autre force militaire aurait pu réagir aussi vite à un ordre d'intervention dans un délai de 24 heures. Les Américains sont très efficaces mais, en général, il leur faut trois mois pour se décider. L'armée française sait opérer au coup de sifflet bref."

Un avis partagé par Vincent Desportes, ancien directeur de l'Ecole de guerre, pour qui la mort d'un soldat français dans les premières heures de l'intervention ne doit pas faire oublier le haut niveau de capacité des militaires français. "L'hélicoptère est particulièrement efficace, mais vulnérable car elle combat très près du sol. Quand on fait la guerre, il y a des morts, c'est comme ça. Ce qui serait surprenant, c'est qu'il n'y en ait pas. En face, on parle tout de même de centaines de morts". Et d'ajouter : "En Libye, parmi les hélicoptères utilisés, on pouvait compter sur les Tigre partiellement blindés. Ce n'était pas le cas au début de l'opération malienne parce qu'on a envoyé sur place les équipements immédiatement disponibles sur nos points d'appui dès la décision de François Hollande. L'hélicoptère dans lequel est mort l'officier français venait du Burkina Faso. Mais ce type d'engin, qui n'assure pas une protection totale de son équipage, permet des tirs ajustés tout en évitant les dommages collatéraux". Les nombreuses bases que possède la France dans la région ont ainsi pu pallier le caractère inattendu de l'offensive rebelle. Reste que cette première phase n'est pas encore achevée. Mardi, des avions français ont encore mené une série de frappes sur la zone de Diabali.

Les objectifs n°2 et n°3 incertains

Le deuxième objectif est de "préserver l'existence de l'Etat malien et de lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale et sa totale souveraineté", en préparant le déploiement de la force d'intervention africaine autorisé le 20 décembre dernier par le Conseil de sécurité de l'Onu, le troisième objectif. Pour ces buts, rien ne prévoit pour l'instant l'envoi de troupes françaises au sol, ni pour stopper la progression des rebelles, encore moins pour reconquérir le nord du Mali. Cependant, une colonne d'une trentaine d'engins militaires français de la force Licorne basée en Côte d'Ivoire est arrivée à Bamako. Si le cas d'une intervention au sol se présentait, l'armée devrait affronter un premier problème : les distances gigantesques. Avec une zone aussi grande que la France, il faudrait mobiliser des moyens importants en terme de transports. Or, les véhicules PC et de combats ont été adaptés pour l'Afghanistan. "Penser une remontée vers le Nord n'est pas évident. L'ampleur de la zone permet à l'ennemi de se dissoudre dans l'espace, dans la population, dans les villages, de repartir au Niger, en Mauritanie, en Algérie", explique Vincent Desportes. "Que la France soit intervenue parce qu'elle était le premier pompier disponible, c'est normal", continue l'ancien directeur. "Elle a heureusement conservé des points d'appuis en Afrique qui lui permettent d'intervenir immédiatement. Mais sa légitimité va diminuer progressivement et elle doit passer en soutien de la force africaine en formation".

Difficile donc d'imaginer la France monter une opération toute seule au nord du Mali, d'autant que pour couvrir un tel territoire ses capacités sont limitées en nombre. "Pour reconquérir, tenir et stabiliser le Mali, les avions de combat sont insuffisants; il faut des troupes au sol, nombreuses, plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Et c'est nécessaire. A titre de comparaison, la France a envoyé 4.000 hommes en Afghanistan", rappelle Vincent Desportes. Cependant, une intervention au sol est nécessaire pour boucler la zone et empêcher que les rebelles ne refluent vers les pays frontaliers et reviennent par la suite.

Dans l'attente de soutiens

Pour ne pas rester seule en première ligne, la France fait tout pour accélérer le déploiement des forces africaines qui interviendront au sol. Son objectif ne sera atteint que si les forces en présence s'internationalisent. Mission possible, en tout cas, qui s'annonce très longue, selon Vincent Desportes : "Les troupes africaines qui se rassemblent au Mali sont loin de former un outil militaire efficace. Elles ne sont ni bien armées, ni bien entraînées. Avant qu'elles constituent un ensemble cohérent capable de conduire des opérations de guerre, il va se passer des mois".  L'Elysée a indiqué s'attendre à l'arrivée des renforts dans une semaine, et espère un déploiement des troupes africaines en moins de quinze jours. Dès lors que cette force est difficile à mettre en place, le doute est permis sur la tenue de ce calendrier. "Dans le cas malien, on ne peut pas parler encore d'enlisement à prévoir", juge François Heizbourg. "Cette notion ne peut se poser que lorsque les objectifs de guerre ne sont pas atteints, ce n'est pas une question de durée."

Eviter l'impasse et préparer l'après restera l'un des défis de la France si elle veut tenir ses objectifs. "L'action militaire ne sera pas suffisante, bien sûr, pour gagner cette guerre.Pour rétablir une paix durable, il sera nécessaire de travailler sur le développement et la gouvernance, engager le processus de normalisation à Bamako et de réconciliation intermalienne", estime Vincent Desportes.

Source: le nouvel observateur.

 
Commenter cet article

À propos

LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.