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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

01 Dec

"Il y a une application pour ça..." (1/2)

Publié par jack

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C’est la crise : plus de sous, des matériels à l’agonie et des hommes surexposés. Le bilan de l’impressionnante démonstration de l’Armée de terre au Cenzub jeudi est clair : pour assurer les capacités terrestres françaises, il faut remplacer les véhicules, les systèmes d’information, les protections, les raisonnements logistiques … et à chaque fois, « il y a une application Scorpion pour ça ».


« Il y a une application Scorpion pour çà ! »

Jeudi, la démonstration des capacités terrestres était aussi et surtout destinée à rappeler l’importance du programme Scorpion. Sous ce label, l’Armée de terre entend entrer dans un nouveau mode de fonctionnement caractérisé par les maîtres mots « interopérabilité », « réactivité », « protection » et … « économie ». Profitant de la visite d’une poignée de parlementaires et d’industriels, les officiers en charge du développement de ce projet ont insisté sur la nécessité de le maintenir et d’en assurer la pérénnité de la force à court terme, malgré la « surprise stratégique » que représente la crise économique.

Pour cela, le leitmotiv de la journée était d’insister sur les lacunes opérationnelles actuelles. Ainsi, le général Guillet, sous-chef à l’Etat-major en charge des plans et programmes, remarque que les matériels de l’armée de terre sont pour beaucoup « en fin de vie … presque mécanique« . Un constat confirmé par un autre officier au sein de la Délégation générale de l’armement (DGA) qui ne s’inquiète pas pour l’avenir des programmes de véhicules blindés (VBMR et EBRC notamment) tant il est urgent de remplacer les vieux VAB à l’agonie.

Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes a offert une démonstration de ses compétences. Les hommes du 8ème RPIMa, du 1er RIMa, du 12ème RC, des 1er, 3ème et 8ème RG, du 68ème RAA et du 5ème RHC ont pris d’assaut un quartier du centre d’entraînement en zone urbaine (CENZUB) en déployant pas moins de cinq chars Leclerc, un Tigre, une Gazelle, un drone DRAC, trois VBCI, toute une tripottée de VAB, VBL et autres PVP et même d’un tracteur EGRAP. Le colonel Rémy Cadapeaud, pendant toute son explication de la manoeuvre, insiste sur les nombreuses failles du dispositif français. 

SCORPION, LA SOLUTION A TOUS LES PROBLEMES ?

Le colonel Cadapeaud, officier Scorpion au bureau plans et programmes de l’EMAT.

« Les systèmes actuels ne le permettent pas », répète à l’envi cet officier en charge de Scorpion au bureau plans et programmes. Ainsi, lors de sa passe renseignement, l’hélicoptère Gazelle peut transmettre ses informations au commandement, mais pas au chef de section qui dirige le combat. A l’Etat-major, les écrans n’indiquent pas les déplacements des troupes en temps réel, ce qui peut compliquer le travail de l’artillerie. La reconnaissance d’une zone urbaine, pour l’infanterie, extrêmement procédurière, ralenti considérablement la manoeuvre. Sur les blindés, les servants des mitrailleuses lourdes sont exposés, la tête en dehors des véhicules.

A toutes ces faiblesses actuelles, le colonel Cadapeaud a une seule et unique réponse : « Scorpion le corrigera ! » On croirait entendre la pub pour le célèbre smartphone d’Apple. Le programme semble apporter des solutions à tous les problèmes. Grâce à une nouvelle génération de véhicules, totalement nouveaux (VBMR et EBRC) ou rénovés (Leclerc et VBCI) ainsi qu’à toute une infrastructure électronique et logicielles repensée, l’Armée de terre devrait palier à ses lacunes, notamment en milieu urbain.

Scorpion promet ainsi de favoriser grâce à des outils informatiques plus réactifs de favoriser la prise d’initiative à tous les niveaux (stratégique et tactique). La protection des hommes doit être optimisée, à la fois grâce à un blindage repensé des véhicules qu’à une uniformisation de leurs silhouettes : difficile pour l’ennemi de distinguer entre un blindé transportant des fantassins, le commandement ou une équipe mortier. Les différents matériels, pensés et conçus en une série de kits interchangeables, doivent être adaptables à leurs milieux d’utilisation : plus ou moins de blindages, d’armements ou de capacités de transport par exemple.

GUERRE DES COUTS

LOCC : un seul et unique système de conduite des opérations commun à tous les niveaux de décision.

L’objectif principal de cette impressionnante démonstration, c’est la séduction d’un double public. Il s’agit de convaincre les parlementaires chargés de voter les budgets et de rédiger le nouveau Livre blanc d’épargner l’Armée de terre au maximum, pour lui assurer le maintien de ses capacités opérationnelles. Il s’agit d’autre part de faire comprendre aux industriels qu’en ces temps économiquement stricts, il faudra penser intelligemment chaque produit dès sa conception : pas question de chercher à facturer diverses améliorations et options au fur et à mesure des années.

Le général Guillet promet de son côté que le programme Scorpion sait s’adapter à un concept de « guerre des coûts et des surcoûts ». Il veut rassurer les tenants du porte-feuille : « Chaque matériel est taillé sur le juste besoin opérationnel mais peut monter en puissance au besoin, à un moindre coût économique ». Tous les matériels intégrés à Scorpion doivent suivre une même synergie. Cela doit faciliter et surtout rendre moins coûteux l’entretien, le test, la formation ou la modification des équipements. Même chose pour les systèmes d’information et de communication qui doivent être simplifiés et surtout uniformisés. D’où la pertinence d’une production en kits dont les industriels assurent également apprécier le concept.

La suite demain, samedi, sur ActuDéfense : Scorpion : « Techniquement, on sait déjà tout faire. »

Photos : Armée de Terre & Armée de Terre / Philippe Hilaire

écrit par Romain Mielcarek

Romain Mielcarek

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s’est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents.

Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur le récit médiatique du conflit en Afghanistan et les stratégies d’influence, notamment militaires.

Membre de l’Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages « Les guerres low-cost » (Esprit du Livre / 2011) et « Stratégies dans le cyberespace » (Esprit du Livre / 2011).

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