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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

07 Apr

Edouard GUILLAUD;l'amiral qui gagne les guerres.

Publié par jack

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Parfois critiqué au sein de la Défense, le chef d'état-major des armées présente pourtant un bilan militaire impressionnant

Il est brillant, sûr de lui-même et parfois de mauvaise foi. Qui plus est marin... Autant dire qu'il n'a pas que des amis au sein des armées et de la Défense. Et pourtant, l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées depuis trois ans (25 fevrier 2010), aligne un bilan impressionnant sur son cœur de métier : gagner les guerres que la France lui demande de faire.

Au lendemain de la bataille de la Marne, en 1914, on prêta à Joffre une réflexion désabusée sur la paternité de la victoire. Nombreux se l'attribuèrent alors. Mais si la Marne avait été une défaite, Joffre savait qu'il en aurait porté seul la responsabilité. Serait-ce différent avec Harmattan ou Serval ?

Le Mali aujourd'hui, la Libye en 2011, la fin du régime Gbagbo en Cote d'Ivoire au printemps 2011, le retrait d'Afghanistan en cours: qui dit mieux ? Les prédécesseurs de l'amiral Guillaud, les généraux Bentégeat et Georgelin avaient, eux aussi, conduit des opérations difficiles avec succès. Mais ces trois dernières années sont exceptionnelles par la diversité des actions menées, que ce soit sur un plan purement militaire (opératif, comme disent les spécialistes) ou politico-militaire.

Reprenons.  L'affaire malienne - qui entre aujourd'hui dans son troisième mois - est un succès remarquable des armes de la France. Fulgurance de la réaction, contre-attaque dans la profondeur, destruction de l'ennemi : Serval restera dans les annales. Il n'est pas question ici d'en discuter les buts politiques - qui relèvent du pouvoir politique, élu et légitime. Simplement de l'aspect militaire des choses, comme c'était déjà le cas lors de l'opération Harmattan contre le régime libyen. Là, encore, chapeau bas. Kadhafi est tombé, sans une égratignure côté français et pour un coût financier raisonnable (un peu plus de 1% du budget de la défense...)

Ces deux guerres ne doivent pas nous faire oublier deux manœuvres très délicates : le coup de pouce donné pour faire tomber Gbagbo en Cote d'Ivoire (avril 2011), en plein cœur d'Abijdan et le retrait accéléré des troupes d'Afghanistan, en particulier de la Kapisa, qui se déroule comme si nous étions à Canjuers... Tout cela témoigne d'une chose : l'armée française est très professionnelle et elle est bien commandée.

Stratégie navale appliquée à la stratégie globale

L'amiral Guillaud est un vrai chef militaire. Certes, l'uniforme qu'il porte n'est pas celui de l'armée de terre - dans un pays dont les racines, militaires et autres, sont d'abord terriennes. C'est assurément pour lui un handicap. Mais il a su le transformer en atout, en réflechissant et en conduisant les guerres d'aujourd'hui en marin.  Comme sur mer, où les bateaux font aussi de la diplomatie navale, la conduite des opérations intègre la dimension stratégique, en apportant un soin particulier à la gestion des coalitions et des alliances. Comme ses prédécesseurs, il a noué des liens très étroits avec ses homologues étrangers - qui constituent un niveau de coopération infra-politique et discret. C'est, par exemple, cela qui a permis d'obtenir des alliés la mise à disposition d'avions de transport pour le Mali, alors que la France souffrait d'un vrai déficit.

Autre exemple de stratégie navale appliquée à la stratégie globale - la manière dont AQMI a été "traitée" au Mali et qui a surpris tous les observateurs : "Sur mer, il est très long d'obtenir le contact avec l'ennemi , mais quand on a le contact on ne le lâche plus". La progression des forces ne s'est pas faite de manière linéaire - terrienne, en quelque sorte - mais par bonds, sans occuper le territoire. Gardons nous des comparaisons abusives, mais la greffe d'une pensée militaire navale ou aérienne sur des opérations terrestres peut parfois donner des résultats spectaculaires. Qu'on se souvienne du plan Challe, un aviateur, en Algérie. (Ndlr :Les "têtes chercheuses" du général Challe)

L'une des constantes des récentes opérations est leur caractère "combiné" - selon la vieille tradition britannique de Mountbatten - un marin. C'est un pas de plus dans l'interarmisation, dont les raids d'hélicoptères sur Brega (Libye) resteront l'un des exemples les plus aboutis. Un moyen aérien mis en œuvre par l'armée de terre à partir de plates-formes navales (avec des commandos de l'air pour le secours des équipages...)  Dans le quotidien des opérations, la couleur de l'uniforme n'a plus guère de sens : dans le ciel malien, des aéronefs de l'Armée de l'air, de l'Armée de terre et de la Marine nationale opèrent de manière intégrée.

L'amiral Guillaud sait déléguer les responsabilités

L'amiral Guillaud n'est évidemment pas seul à faire tourner la machine militaire. Il s'est entouré d'officiers généraux qu'il suit depuis longtemps (Castres, Baduel, Lefebvre, par exemple) et mise sur les commandants locaux (Palasset, Saint-Quentin,..) auxquels il accorde une véritable autonomie, comme au commandant d'un bateau à la mer.

Certes, le rééquilibrage entre civils et militaires au sommet du pouvoir politico-militaire ne se fait pas sans douleur. Certes, les ambitions des généraux qui aspirent à remplacer l'amiral Guillaud avant terme (juillet 2014) s'expriment sans trop d'élégance. Mais comme "technicien" de la chose militaire, l'amiral n'a pas à craindre aujourd'hui beaucoup de concurrence.  

Source : Secret Défense - Jean Dominique Merchet

 

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