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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

16 Feb

Combines de militaires "perdus"dans la neige.

Publié par jack

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On est tout près du col du Tourmalet mais, en cette fin janvier, l'ambiance n'est pas aux flonflons ensoleillés du Tour de France. Au-dessus de Barèges, à 1 600 m d'altitude, il y a plus de 1,50 m de poudreuse. Dès la nuit tombée, le thermomètre va déprimer sévère.

Depuis une demi-heure, dans un océan blanc, une équipe de jeunes pilotes d'hélicoptère de l'Armée de l'air manie la pelle pour réaliser une cave à neige. Pour permettre une nuit 'confortable' entre zéro et deux degrés, cet igloo de fortune doit comporter une petite fosse pour piéger l'air le plus froid et une plateforme surélevée pour s'allonger. Là, ça va être compliqué. Les jeunes militaires ont creusé trop près de la colline et cognent dans la terre gelée. « La connerie qu'on a faite aujourd'hui, on ne la fera plus », philosophe l'un des stagiaires.

Il vaut mieux. Au terme des trois jours de stage, les futurs pilotes, qui ont entre 25 et 30 ans, doivent être capables de passer 24 heures en autonomie dans la montagne.

Au programme de la formation, il y a aussi : 'Comment faire un feu dans la neige.' Ça, ils le découvrent avec le caporal-chef Jean-Philippe Nayagom, aide-instructeur réunionnais et dompteur de feu hors pair. Quand on ne veut pas que son foyer s'effondre rapidement dans la poudreuse, il faut d'abord réaliser, au fond d'un trou, un sandwich de rondins, branches de sapin et neige qui supportera la chaleur.

Après, « Naya » montre comment créer des flammes avec n'importe quoi : trois écorces de bouleau et un briquet à étincelles, un firesteel, de la mousse et une loupe, une boîte de cirage remplie d'un serpentin de carton ou de la résine de pin et une allumette de warrior.

Ça ressemble à un exercice de super-scout. Pourtant, les pilotes se préparent à un éventuel crash ou parachutage en milieu hostile. Le Centre de formation à la survie et au sauvetage (CFSS) de l'Armée, basé à Cazaux près de Bordeaux, organise aussi des stages en milieu maritime, tropical, désertique, en simulation de guerre. Dans ce dernier cas, ou ajoute des 'ennemis' qui vous cherchent avec des chiens.

Les « trucs » des militaires peuvent être utiles à bien d'autres. Henri Nogué, l'un des guides de montagne encadrant le stage, donne un exemple. Il y a quelques mois, il était en difficulté avec une surfeuse. Trop de bosses, beaucoup de neige, elle fatiguait et la nuit approchait. « J'ai construit des raquettes de fortune avec une branche souple, trois rondins et un peu de cordelette. Ça nous a sacrément aidés. »

« Règle n° 1,se protéger »

Dans la neige et le froid, il y a aussi le mental. L'adjoint David Le Berre détaille l'ordre des priorités : « Se protéger, se signaler, s'hydrater, manger ». Et se protéger, c'est aussi « se protéger de soi-même. Perdre le moral, c'est le pire. »

C'est là qu'on pense à l'équipe de rugby uruguayenne, crashée dans la Cordillère des Andes en 1972, qui avait fini par manger ses morts. « Bien sûr qu'on en parle, des situations extrêmes. Mais vraiment, insiste l'adjoint Le Berre, ce n'est pas la première priorité. On peut rester des jours sans manger. »

La priorité est plutôt de se méfier des vêtements mouillés. Pour le tester, cette fois, c'est départ du village en raquettes : 300 m de dénivelé en une demi-heure pour aller sur le site du stage. Effet garanti, à l'arrivée. Sous les couches de protection, dès qu'on se refroidit dans le vent d'altitude, le tee-shirt dégorgeant de sueur peut se transformer en double peau de glace. Pas d'hésitation (si si, quand même !), tout le monde se met torse nu, ou en soutien-gorge pour la pilote du groupe, et se frotte la peau avec de la neige. Ça stoppe immédiatement la sudation. Un coup de serviette, un tee-shirt propre et on est au top. Testé et approuvé !

Finalement, pour ce stage, les douze élèves pilotes (chasse, transporteur, hélico) n'ont pas passé une nuit entière répartis dans leurs grottes ou leurs abris. Il y a eu une alerte avalanche. S'agissait pas de transformer un apprentissage en catastrophe réelle ! Mais le stage a été validé. En début de nuit, avant l'annulation par précaution, tous avaient un abri digne de ce nom. Une sacrée expérience pour ces sportifs à grosse tête (maths sup', maths spé', ingénieurs...), parfois sans passé d'enfant de la montagne ou de castor junior d'élite.

« Voilà, mes enfants vont encore me dire que je suis allé faire des cabanes en montagne ! », sourit le lieutenant-colonel Sébastien Théoleyre, grand patron de l'école de survie (CFSS). Ouais ! Des cabanes et quelques trucs... Mais qui peuvent être d'un sacré secours quand le magnifique manteau blanc des montagnes que survolent les militaires se transforme en piège.

 

Gilles KERDREUX.
Source: Ouest-France.fr

 

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