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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

20 Jan

Aqmi peut frapper loin et pas seulement en Algérie.

Publié par jack

03ACTT 4195299 1 apx 470 Pour le chercheur Bertrand Monnet, le commando djihadiste de Tigantourine a atteint son objectif, celui de la communication. Les entreprises occidentales renforcent leur sécurité. Et annulent les rotations d'expatriés.

Entretien

Bertrand Monnet, 38 ans, spécialiste du management des risques criminels, professeur à l'Edhec.

La tragédie saharienne illustre le concept, récent, de « prise d'otages de masse » ?

Oui. Il y a deux modes de prise d'otages : l'enlèvement, il s'agit de capturer une victime et de l'exfiltrer vers une zone tenue par le ravisseur. Ce qui devait se faire à In Amenas. Et c'est ce qui est arrivé à Areva, au Niger, il y a deux ans. L'autre type de rapt est la prise d'otages sur site. L'exemple absolu, dans toute son horreur, c'est, après le théâtre Doubrovka de Moscou, l'école russe de Beslan, en 2004. Ce sont ces scénarios qu'étudient désormais le GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), le Raid et les Européens du réseau Atlas.

Ces prises d'otages collectives menacent-elles de se multiplier ?

Je le crains. Car des sites de présence d'expatriés occidentaux, il y en a beaucoup dans cette région. La zone d'action d'Aqmi et de ses organisations affiliées dépasse les frontières de l'Algérie. Elle s'étend sur plusieurs milliers de kilomètres. Or, les entreprises qui y sont implantées n'ont d'autre choix que de produire là où se trouvent les ressources naturelles. Elles emploient des expatriés sur place parce que l'extraction de celles-ci et la gestion des projets nécessitent la mise en oeuvre de technologies de pointe.

Pourquoi les Occidentaux sont-ils la cible de la nébuleuse des groupes terroristes ?

Le problème est que ces lieux essentiels économiquement pour eux sont également des territoires au sens féodal du terme. Dominés, sillonnés, comme il y a deux cents ans, par ces organisations islamistes et terroristes, plutôt, pour certaines, des guérillas qui « travaillent » dans la région et partagent, bien que touaregs, la même cause avec Aqmi. Des gens formés, déterminés. Ils ont une connaissance parfaite du désert. Et ne viennent pas toujours du Nord-Mali mais, en l'occurrence, de Libye où il n'y a plus aucune espèce de contrôle.

Comment assurer la sécurité totale de complexes pétroliers et gaziers ?

C'est impossible. Les industriels étrangers n'ont qu'une maîtrise très partielle de leur sécurité. Il leur est interdit de mandater des gardes armés civils. La protection armée en Algérie, au Niger, en Mauritanie est du ressort des forces de sécurité publiques, comme ce serait d'ailleurs le cas en France. Elles interviennent sans consulter qui que ce soit. Ni les gouvernements dont les otages sont des ressortissants. Et encore moins les firmes.

Faut-il réexaminer les dispositifs sécuritaires ?

Les boîtes ont créé un échelon intermédiaire entre elles et ces forces de sécurité publiques. Avec des consultants spécialisés, des prestataires privés, non armés, d'ex-militaires, d'anciens des forces spéciales. Le Britannique tué au début de la prise d'otages était le chef de la sécurité de l'établissement, salarié de ce qu'on appelle une société de sûreté.

Des entreprises envisagent-elles de partir ?

Quoi qu'en dise Laurence Parisot, la présidente du Medef, elles ont pour réflexe de restreindre leur exposition au risque de kidnapping d'étrangers. Et donc de diminuer le nombre de leurs expatriés. C'est déjà le cas.

Et le salaire de la peur ?

Dans ces conditions, personne n'a de vocation suicidaire. Le salaire de la peur, finalement, c'est ce dilemme : est-ce que je reste et j'expose mon personnel et mes actifs ou, deuxième option, est-ce que je réduis temporairement mon activité avant de revenir lorsque les choses iront mieux ? Il n'est pas question, pour les entreprises, de toutes quitter le pays en masse.

Le « fil d'Ariane » du quai d'Orsay, c'est nouveau ?

Non. Dans les États où une situation peut mal tourner, les autorités diplomatiques et consulaires ont développé depuis longtemps des systèmes d'identification et de localisation des ressortissants européens. Cependant, ce n'est pas obligatoire, tout le monde ne se signale pas.

Malgré l'assaut de l'armée algérienne, est-ce une victoire pour les terroristes ?

Incontestablement. S'ils sont morts pour la plupart, ils ont médiatiquement gagné. La mission était, sans doute, de détourner l'attention du Nord-Mali où ils sont en retrait. Face à un Mirage 2000 ou un Rafale, ces combattants ne tiennent pas. Leur arme à eux n'est pas conventionnelle, c'est le terrorisme. Ils ont contraint leur adversaire à venir jouer sur leur terrain. Stratégiquement, c'est, hélas, magistral !

Recueilli par Pascale MONNIER.
Source: Ouest-France.
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