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LE BLOG DE JACK - Ancien militaire des OPEX (Liban - Kosovo...) et porte-drapeau à l'UFAC des Côtes d'Armor.

20 Apr

Mali:des départs français sans vraie relève africaine.

Publié par jack

Mali:des départs français sans vraie relève africaine.

A l’heure où la France parle de retirer « prochainement » ses forces combattantes et au-delà des succès militaires incontestables obtenus dans le cadre de l’opération Serval, nous pouvons d’ores et déjà tirer les premiers enseignements de cet hiver malien et nous interroger sur le délai et les conditions de ce retrait français.

La suite de la mission des Français au Mail doit encore être définie. ©ECPAD / EMA

Sur le plan tactique, l’opération Serval se produit sur un champ de bataille régional, mais a connu deux types de fronts spécifiques qui ont exigé de nos forces des modes opératoires adaptés. La première partie de l’opération s’est déroulée dans les villes du sud. Il s’agissait d’identifier et de déloger l’ennemi qui tenait les principales villes et y faisait régner la terreur et la charia. Puis le second front s’est ouvert dans la partie nord du pays, sur une zone immense et désertique.

Aujourd’hui, nos hommes au sol traquent et débusquent un ennemi furtif et rarement visible. Les unités évoluent sur le terrain de prédilection d’insurgés ne connaissant pas les frontières et sont bien armés ; ce terrain se révèle cassant pour le matériel et usant pour nos hommes. La traque de quelques centaines d’insurgés risque de se compliquer quelque peu dans le massif montagneux des Ifoghas, à proximité de la frontière algérienne. D’autant que de violents combats opposant des insurgés à l’armée malienne se produisent à nouveau dans les villes libérées dans la première phase, alors que l’on pensait ce front « traité ».

De plus, les djihadistes commencent à utiliser des techniques de combat comme les attentats suicides et les engins explosifs improvisés (IED), qui constituent une menace insidieuse pour les forces armées comme pour la population. Au-delà de la difficulté à cerner les zones d’affrontements, nos forces doivent identifier l’ennemi qui, dès les premiers jours de l’intervention, a été désigné sous le concept trop généraliste de « terroriste djihadiste ». Sur le terrain, nos soldats se sont heurtés depuis le début de l’opération à une opposition complexe, prenant la forme d’amalgames de nombreux groupuscules aux structures, aux objectifs et aux modes d’actions multiples et de surcroit enchevêtrés.

Qui est qui ?

Ces forces en présence sont une superposition de fanatiques islamistes radicaux et de groupes terroristes mais également de groupes hybrides de narco-islamistes ou de gangs mi criminels mi terroristes. Ne revendiquant pas les mêmes objectifs, les chefs de ces groupes ont du mal à s’entendre, ce qui ne fait qu’accentuer l’aspect confus qu’a revêtu l’ennemi. Parmi les forces en présence, le MNLA, au départ assimilé aux autres groupes terroristes, se positionne résolument contre le pouvoir de Bamako et assimile l’armée malienne à des milices. Mais le Mouvement a réaffirmé le 12 mars dernier que l’armée de l’Azawad à laquelle il aspire « accomplira son devoir dans la lutte contre le terrorisme ». Après avoir combattu de front l’armée malienne, le MNLA affronte en parallèle les djihadistes du Mujao et d’Ansar Dine et a rappelé aux autorités maliennes et à Paris son intention de franche collaboration, sa mobilisation contre les groupes salafistes ainsi que son respect de l’intégrité territoriale du pays.

Sur le plan géopolitique, l’épisode malien constitue un révélateur de l’échelle régionale sur laquelle se déroulent désormais les phénomènes conflictuels mais aussi de la complexité de ces évènements. De plus, un effet de contagion est toujours à craindre et c’est toute une région qui risque de s’embraser. Mais au-delà de cette menace, c’est la question de l’espace saharo-sahélien et de la conflictualité chronique de ses Etats qui se pose, voire celle de la dislocation du continent africain. En cela, l’opération Serval ne résout rien, précisément parce que ce n’était pas l’objectif de notre intervention.

Des militaires maliens peu crédibles

Les compétences élevées des unités françaises n’ont pas d’équivalents au sein de la Misma. ©ECPAD / EMA

L’effet majeur recherché était initialement de stopper la menace terroriste qui mettait en péril le Mali et l’Afrique ainsi que la France et l’Europe. En ce qui concerne les djihadistes du Mali, nos forces militaires sont en mesure d’atteindre rapidement cet objectif. En revanche, il s’agit désormais de trouver une issue rapide au conflit car l’étape suivante est d’assurer à nouveau l’intégrité territoriale de la nation et de restaurer la souveraineté de l’Etat, c’est-à-dire d’entrer dans la phase politique. Autrement dit, décréter le moment où l’action militaire entreprise par la France aura permis d’abaisser suffisamment le niveau de violence pour envisager un retrait de nos forces.

Mais les guerres modernes ne se clôturent pas par des armistices et la question de la fin de la guerre est ambigüe. D’autant que notre retrait est conditionné par le transfert du maintien de la sécurité aux Forces armées et de sécurité du Mali et aux hommes de la MISMA. Or, bien qu’épaulée par la mission de formation de l’Union européenne au Mali, l’armée malienne est effondrée, sous-payée, mal équipée. Outre son manque d’organisation et de crédibilité, et bien que certains de ses membres aient fait preuve d’une certaine ardeur dans les combats, de nombreux témoignages désignent des éléments de l’armée nationale comme les auteurs d’exactions au centre-nord du pays, dont les victimes sont toujours des nomades arabes et touaregs.

Aujourd’hui, l’armée malienne n’est pas prête à recevoir ce transfert. En outre, la mission de stabilisation de l’ONU au Mali devrait être pleinement déployée en juillet et prendre le relais de la MISMA, mais à ce jour rien n’est moins sûr. D’ailleurs, l’ONU reconnait n’avoir ni le mandat, ni la capacité d’endiguer la menace sécuritaire que représentent les terroristes et l’organisation préfèrerait laisser cette tâche aux pays partenaires « qui en ont la capacité ». Dont la France fait partie.

De plus, puisque notre retrait est conditionné par la capacité de recouvrer un Etat souverain et d’assurer l’intégrité territoriale, rappelons que le Mali est un état très instable, secoué depuis des années par des crises d’ordre politique, économique, social, sociétal et humanitaire. Or, la pacification durable d’un territoire passe par quatre prérequis incontournables : l’instauration d’un environnement sécurisé garantissant l’intégrité interne du territoire, la mise en place d’un système juridique garantissant une justice équitable, la capacité de l’Etat à générer et à distribuer du bien-être économique et social, et la définition de structures constitutionnelles viables sur lesquelles sont assis les structures de gouvernance, l’administration publique et la société civile. Avant le conflit, la société malienne se caractérisait par une corruption généralisée, un détournement systématique des aides internationales, un tribalisme politique qui l’emportait sur l’identification ethnique. Il est à ce jour fortuit de projeter, même à terme, un quelconque accès à la souveraineté et à l’intégrité territoriale.

La question du retrait reste donc posée : quand et surtout comment mettre fin à l’intervention française ? La tenue d’élections prévues en juillet et l’engagement des autorités à créer une commission de réconciliation sont loin d’être des signes suffisants d’une prochaine reprise en main de la situation par cet Etat trop faible pour s’engager dans la durée. Et un retrait des forces françaises pourrait même accentuer les risques de reprise de la crise puisque les causes profondes de cet hiver malien demeurent inchangées.

Source:actudefense.

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